LES BONNES

Jean Genet | Groupe Manifeste | Du 11 au 14 JAN 2018

Les bonnes de Jean Genet | Groupe Manifeste

En ce moment, 17/18, Théâtre

Présentation |

Les Bonnes et Madame sont des figures, des créatures, des furies, de celles que l’on trouve dans le théâtre d’Eschyle, de Sénèque, proches de l’épouvante donc.
Des monstres ?
A propos des corps, les corps des Bonnes, le corps de Madame :
Pas de caricatures de bonniches ou de bourgeoise pour ce qui nous concerne.
Madame est au centre, Madame glisse, chuchote, corps brisé, voix brisée proche du chant, une sorte de Mme Butterfly, qui danserait dans les ténèbres une danse butô.
Quant aux Bonnes, les soeurs, les voilà titubantes, elles vont trembler, vibrer, s’étreindre, se heurter, s’emboiter, s’épuiser, jusqu’à la transe, jusqu’à l’ultime sacrifice.
Trois corps dansant donc, sur un tapis de fleurs artificielles.
Le lieu de la cérémonie, l’univers magique du conte, le monde mental de celles qui le hantent : l’âme des Bonnes.

Note d’intention
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Dans cette pièce mythique Genet joue avec les codes du théâtre, nous obligeant sans cesse à
nous questionner. Dès lors que les repères sont brouillés, nous nous retrouvons ainsi aux frontières
du vrai et du faux, du rire et de l’effroi, du pathétique et du grandiose.
Jean Genet nous dévoile les faces les plus sombres de l’être humain, nous obligeant en quelque
sorte à regarder l’envers de nos “bons” sentiments, et dans le même temps nous voilà tout
proche de notre humanité la plus intime.
Genet nous dit à plusieurs reprises qu’il s’agit d’un conte, un conte cruel sans complaisance, à la
poésie foisonnante et explosive et c’est bien l’univers du conte que nous avons choisi pour guide
dans la mise en scène.
Pas de décor réaliste donc, mais un tapis de fleurs artificielles, lieu de cérémonies puis de
meurtre.

Groupe Manifeste |
Cie permanente du Théâtre les Argonautes

La Compagnie Aurige Théâtre a vu le jour en 1982, sous l’impulsion de Francine Eymery et Jean-Pierre Girard, metteurs en scène et comédiens. La compagnie a beaucoup voyagé, suivant ses fondateurs de Bordeaux vers Paris puis Marseille, suivant les spectacles dans tous les coins de l’hexagone et à travers l’Europe.
En 2003, lorsque le Théâtre Les Argonautes ouvre ses portes, la compagnie Aurige Théâtre s’y installe tout naturellement.
Dès lors les spectacles de la compagnie sont créés au Théâtre Les Argonautes.
En 2007 un groupe turbulent s’est créé au sein de la compagnie : le « Groupe Manifeste » composé de professionnels et de semi-professionnels. Une nouvelle dynamique est lancée. Une dizaine de jeunes comédiens y travaille sous la direction de Francine Eymery.

 

Jeudi 11 JANVIER | 20h30
Vendredi 12 JANVIER | 20h30
Samedi 13 JANVIER | 20h30
Dimanche 14 JANVIER | 17h00

Tarifs | 12, 8, 5€

 

LA PROVENCE «le coup de cœur de la rédaction»
« Les Bonnes » de Jean Genet (****)
« Madame est bonne, madame est belle, madame est douce ». Oui mais « son bonheur est
atroce ». Délicieusement odieuse, vêtue d’égocentrisme et coiffée d’une condescendance qui
s’ignore, sa bonté « tue ». Il faut tuer madame.
Ecrite par Genet en 1947 et inspirée du double meurtre des célèbres soeur Papin en 1933,
« Les Bonnes » n’a rien du manifeste social ni du polar haletant. Il emprunte ses codes à la tragédie
et renvoie au théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud. Ce meurtre jamais accompli, les
bonnes le fantasment, s’en nourrissent et s’en infectent. Les mots effrénés de Genet emportent
les trois comédiens vers des folies qui communiquent, se relaient, se remplacent et se
renversent sur un lit de fleurs et de crachats.
Bercés par un refrain du Caruso, les trois corps des comédiens se mêlent et les mouvements
inspirés de la danse buto répondent aux spasmes textuels. Jusqu’au sacrifice. Les trois
comédiens Nancy Robert, Virginie Comte et Antoine Palazy donnent vie et vitalité à la vision
de leur metteur en scène, Francine Eymery. Avec cette création coproduite par le théâtre des
Argonautes de Marseille, le jeune Groupe Manifeste imprime sa marque pour son premier
Avignon.
Romain CANTENOT

« Les Bonnes » de Genet à Avignon Off:
La guerre de classes n’aura pas lieu
« Prenant à bras le corps le caractère à la fois relationnel et multi-dimensionnel des identités
des êtres sociaux — y compris lorsqu’ils sont embarqués dans des contradictions de classe
portées à l’extrême –, c’est une réalité autrement plus subtile — et juste — que propose ici le
Groupe Manifeste, résident du Théâtre Les Argonautes de Marseille. De ceux qui les auront
vu faire vibrer les planches du Théâtre La Fabrik’ (*), rares en ressortiront psychologiquement
indemnes. Fruit de 2 années de travail acharné, de ré-ajustements successifs au gré de plusieurs
sessions de représentations publiques, le résultat est proprement spectactulaire. Il
rend pleine justice tant au génie social de Genet qu’à ses intuitions de mise en scène (cf.
« Comment jouer les bonnes ? »). Rarement aura-t-on l’occasion de contempler pareille harmonie
entre jeux des corps et fluidité du verbe, entre postures empruntant à l’esthétique de la
danse butô (venue du Japon post-Hirochima), et dialogues d’une richesse souvent insoupçonnée.
Et qui restituent dans toute leur complexité les voies discrètes — et parfois inattendues
— de la reproduction ordinaire de l’ordre social. »
Fabrice Andréani (Chercheur en sciences sociales — et compagnon de route du Groupe
Manifeste à ses heures perdues)

L’ALCHIMIE DU VERBE – revue théâtrale sur la poétique scénique et dramaturgique
 » Cette représentation est d’une sensible et étonnante promiscuité artificielle. La mise en
scène participe en grande partie de la beauté touchante des comédiennes dans les rôles des
Bonnes et de la grande profondeur du comédien travesti qui joue le rôle de Madame avec
une sincérité troublante. Le décor est d’une subtilité et d’une ingéniosité sans pareilles. La
lumière baigne d’une suave lactescence, le tapis de fleurs artificielles dans lequel se vautrent
et s’épanchent les deux soeurs dans une crudité et une violence presque sacerdotale, et sur
lequel Madame se déplace avec une impériosité implacable. Ce tapis de fleurs colore l’ensemble
et donne des couleurs au texte, des noms et des sens aux différentes émotions. Le
corps des comédiens est traversé par le souffle tragique de leurs propres contradictions.
Chaque personnage, dans ces circonvolutions, est dépeint avec cruauté et dans l’expression
de sa funeste déliquescence.
On reconnaît là, l’exceptionnelle verve poétique de l’auteur, qui bien loin d’écrire une pièce
de moeurs, nous dévoile avec une passion igniscente, la tragédie de l’homme, dominée par
des rapports de dominations inébranlables et oppressants et par une portée phallique inévitable
de nos désirs et de nos rêves les plus enfouis.
L’ensemble est sensible et nous fait rentrer dans l’intimité profonde des personnages et des
corps meurtris et violés par le songe, appelés à la violence par le destin et l’avenir tragique
d’une société putréfiée par le crime. Cette représentation reste en un mot, d’une suave pertinence,
qui nous livre avec horreur, la vision d’un monde où la liberté est un vain mot et
l’amour, une intense abstraction qui s’exprime dans une jouissance prohibée et incestueuse,
qui mène sans détours, à une entière et charnelle destruction.  »

 

 

 

 

 

Dates Du 11 au 14 Janvier 2018
Durée 1h15


Cie Groupe Manifeste
Mise en scène:
Francine Eymery
avec:
Virginie Laouénan-Comte (Claire)
Nancy Robert (Solange)
Antoine Palazy (Madame)
Scénographie:
Jean-Pierre Girard

Une coproduction
Théâtre Les Argonautes